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Michéa Jacobi : « Renonçants ; 26 manières de se soustraire au monde (ou de renoncer à le faire) », Paris, Coll. Les Billets de la Bibliothèque, éditions La Bibliothèque, 2016.

Michéa Jacobi avait déjà avec ses deux précédents ouvrages enthousiasmé ses lecteurs, il poursuit son Abécédaire ou « Humanitas elementi » avec ce troisième volume : « Renonçants ; 26 manières de se soustraire au monde (ou de renoncer à le faire) ». Et, oui, cela se mérite d’être Renonçant chez Michéa Jacobi, mais aussi, un bien joli paradoxe pour celui qui suit effectivement son petit bonhomme de vies. Vies au pluriel, comme il se doit, pour ce chasseur impénitent de destinées qui aime à les collectionner, à nous les conter pour mieux leur redonner souffle comme d’autres regardent leurs maquettes de voilier prendre le grand large. 26 vies pour chaque lettre de l’alphabet – voilà, pour L’Abécédaire de Jacobi- que l’auteur se plaît, selon son humeur, à ranger, à arranger comme un calligraphe enjolive ses lettres d’arabesques et d’enluminures. Ainsi, après « Walking Class Heroes » qui nous avait menés sur les traces de ces marcheurs infatigables de tous les

temps, puis « Xénophiles », ce titre qui lui va si bien, lui qui bannit les « Phobes » en tout genre, c’est au tour, aujourd’hui, de ces Renonçants d’hier et d’aujourd’hui d’avoir été élus pour cette dernière parution aux éditions La Bibliothèque.
Théâtre de vie, haut en couleur, presque par plan-séquence, maniant aussi bien le tragique que le comique, comme seule la vie elle-même sait le faire, Jacobi papillonne pris à son propre piège de renonçants en renonçants. C’est un peu le théâtre de la toile « La Comédie humaine » (1862) de Jean Louis Hamon, cette toile avec son théâtre de guignol et son pendu dans un décor pseudo-antique avec ces personnages baroques ou foutraques, ses lauriers et dépouillements, Diogène, son tonneau et sa lanterne… Les « Renonçants », ici, pour l’occasion ont été illustrés par l’auteur lui-même à la manière des bois gravés sur linogravue. Eh oui, Michéa Jacobi a plus d’une plume dans sa lampe d’Aladin et ne renonce à rien !
Véritable caléidoscope, suivre ces « Renonçants » pour certains connus, voire sanctifiés ou plus humblement inconnus de moi ou de vous, comme on suit des lignes de vie, c’est rencontrer Diogène de Sinope et Rimbaud, bien sûr, mais aussi un boxeur, Charles Quint avec son fatal 5, ou encore un maître de Go, un coureur cycliste et Fra Filippo Lippi ; on y croise évidemment des ermites et des saints, mais entre saint Antoine (non pas celui de Padoue, mais le « Grand », fondateur de l’érémitisme chrétien) et un pape – Célestin V, rien que moins que BB., oui, la même, celle qui renonça un jour pour les animaux et qui se retrouve, ici, « disciple de Cioran » ; comme quoi le renoncement… « Renonçants », donc, ou « 26 manières de se soustraire au monde », par lassitude ou par conviction religieuse ou philosophique, renonçants à grand destin, célébrités au célèbre renoncement ou simples vies minuscules si renonçantes qu’elles auraient pu disparaître des mémoires sans Jacobi, mais n’est-ce pas déjà un peu cela la vie éternelle ? Avec Michéa Jacobi, un peu chamane, se jouant des karmas, souffler n’est pas jouer, renoncer n’est pas abandonner, et c’est tant mieux !

L.B.K.

« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti. » Jorge Luis Borges