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Jean Blot est écrivain, c’est entendu. Russe, né en 1923, haut fonctionnaire, cosmopolite, il a parcouru et vu bien des paysages, rencontré bien des personnalités ou célébrités et des femmes… Il a surtout côtoyé bien des écrivains qui sont devenus pour certains, beaucoup, ses amis ; ce sont Albert Camus, Albert Cohen, Eugène Ionesco, Lawrence Durrell, Roger Caillois… Et ses proches savent combien sont savoureux ses souvenirs de rencontres et d’amitié lorsque Jean Blot avec sa droiture, sa générosité et son humour de gentleman accepte de les partager avec ses hôtes le temps d’une soirée. Moment toujours d’intimité charmante. Or, son éditeur – « l’investigateur, l’ami », souligne l’auteur en dédicace – eut l’heureuse idée d’encourager Jean Blot à les écrire et à les réunir dans ce livre au titre évocateur « En amitié », ce que l’auteur – « pour ne pas trop ennuyer », dit-il – n’aurait osé de sa seule initiative imposer. Et pourtant quel agréable moment que de pouvoir lire et venir partager avec lui et Albert Camus, Nathalie Sarraute, Ionesco, Marcel Arland, et tant d’autres encore, ces souvenirs, ces rencontres et amitiés d’écrivains. Ce sont de réels moments d’amitié que l’auteur a bien voulu livrer dans cet ouvrage, de ceux qui touchent le cœur et l’âme, surtout lorsqu’elle est slave ! « J’aurais voulu les faire revivre. – écrit Jean Blot — De temps à autre, ici ou là, on les apercevra. On reconnaîtra partout le respect qu’ils m’inspirent et ma gratitude pour avoir prêté un sens à ma vie ». Amitiés d’écrivains, complicités littéraires faites de paroles et de gestes d’hommes. Ce sont les délicates prévenances ou attentions d’Albert Camus à son égard qui nous laissent imaginer Camus tel que l’on souhaitât qu’il fût. Jamais, cet ouvrage ne se veut biographique, ennuyeux, vous n’y trouverez, certes, pas tous les nombreux souvenirs de l’auteur – acceptera-t-il un jour ? ! – mais ces instants de réelle et profonde complicité entre écrivains, « ces amitiés aux traits bien particuliers » souligne l’auteur où l’humour et le sourire savent se glisser entre les mots ou les vers, tel ce dialogue d’une tendre amitié littéraire entre Jean Blot et Marcel Arland ou la cocasse rencontre de l’auteur avec Lawrence Durrell qui scellera une longue et joyeuse amitié qui comptera beaucoup dans sa vie. Mais, Jean Blot sait aussi ne pas apprécier ou aimer, notamment Henry Miller si lié à Lawrence Durrell ou Emile Cioran ou encore Mircea Eliade que pour notre part nous apprécions. La

différence entre lire et rencontrer un écrivain, peut-être ? On y lit ces petites anecdotes qui font sourire, et sont souvent bien plus que des anecdotes, un repas offert, un livre qui vous attend… Ce sont également les femmes, surtout les épouses d’écrivains, élégantes, belles, mais prenant parfois bien de la place ! Ce sont aussi des petites phrases d’orgueil d’écrivain qui piquent ou blessent avec la douleur de la trahison, mais qui avec le temps, prennent le doux goût des regrets amers. Mais aussi parfois la tristesse, les regrets, les enterrements, celui notamment de Pierre Emmanuel qui ouvre le livre (pour cela, on en veut un peu à l’auteur…), et qui avec pudeur se laissent entrevoir lorsque Jean Blot se souvient… de ses amis écrivains qui ne « meurent jamais tout à fait. Il suffit d’ouvrir leurs livres pour retrouver leur présence, les phrases familières, le style de pensée et de vie. On ne les a jamais perdus. » écrit-il.
Un livre attachant plein de cette générosité toute slave que sait si bien suggérer et partager Jean Blot avec ses amis lorsqu’il les souhaite heureux.

L.B.K.

« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti. » Jorge Luis Borges