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Harold de Louis-Stéphane Ulysse, Culture prohibée, Jérôme Pottier

Ce blog est celui de l’émission radiophonique Culture Prohibée. Produite et animée par les équipes des Films de la Gorgone et de Radio Graf’Hit, Culture Prohibée vous invite, chaque semaine, à découvrir divers aspects de la contre-culture à travers des émis-sions thématiques (le mouvement beatnik, le polar, la presse cinéma, le rock alternatif, le giallo, etc.) et des rencontres passion-nantes (interviews de Dario Argento, Bertrand Tavernier, Philippe Nahon, Costa-Gavras, etc.). Culture Prohibée est une émission hebdomadaire d’une heure diffusée le mardi à 17H sur les ondes de Radio Graf’Hit (rediffusions le samedi à 10H et le dimanche à 23H), une radio compiègnoise (Oise) du Réseau Ferarock. L’émission est également diffusée sur d’autres antennes : Radio Active 100 FM à Toulon, Radio Ballade à Espéraza, Radio Béton à Tours, Clin D’Oeil FM à Sophia-Antipolis, C’rock Radio à Vienne, Radio Valois Multien à Crépy en Valois et Radio Panik à Bruxelles.
Ce blog constitue un complément à l’émission en vous proposant des interviews inédites, des prolongements aux sujets traités à l’antenne ainsi qu’un retour détaillé sur les sorties DVD et bouquins que nous abordons « radiophoniquement ». Autre particularités du blog, vous fournir le sommaire détaillée ainsi que la playlist de chaque émission. Pour plus d’infos, vous pouvez vous connecter sur le FB de l’émission en cliquant ici. Vous pouvez écouter et télécharger l’émission sur le site des Films De La Gorgone.

vendredi 6 juillet 2018

Lectures – La playlist de l’été 2018 – Episode 1 : Harold de Louis-Stéphane Ulysse publié aux Editions La Bibliothèque

L’été, paraît-il, est une saison propice à la lecture, l’occasion pour notre rédaction de vous faire part de nos derniers coups de cœur. Les bouquins abordés sur notre blog pendant la période estivale seront chroniqués dans nos émissions de rentrée, certains en compagnie de leurs auteurs. Débutons cette saison 2018 avec Harold de Louis-Stéphane Ulysse publié par les Editions La Bibliothèque. Louis-Stéphane Ulysse n’est, d’ailleurs, pas un complet inconnu pour les fidèles de Culture Prohibée puisqu’il était venu, en avril, nous causer de son essai historique en deux volumes intitulé Une histoire du western paru chez Carlotta films (ça s’écoute en cliquant ici). Harold est un roman noir se déroulant dans l’univers du cinéma qui a déjà été publié il y a huit ans. Aussi, cette nouvelle édition est une sorte de director’s cut avec des ajouts et des modifications, tel que le souligne l’écrivain : « Je voulais présenter une édition qui soit un petit peu différente de la première. Le début et certains chapitres sont un peu différents. Mais, ça reste quand même, globalement, le même texte ». Et justement, ce texte, de quoi parle t’il ?

L’ouvrage nous présente les mésaventures d’un corbeau nommé Harold. Et oui, vous avez bien lu, un corbeau. Mais pas n’importe lequel, non, Harold est l’un des volatiles travaillant sur le tournage du chef-d’oeuvre d’Alfred Hitchcock, Les oiseaux. Dans un premier temps, le lecteur suit le parcours de ce drôle d’oiseau et le sort, souvent malheureux, de ses différents propriétaires. Puis, Harold débarque sur le set de Big Hitch. C’est là qu’il rencontre Tippi Hedren. Il tombe sous le charme de cette blonde sophistiquée et devient son ange gardien. Malheur à celui qui veut importuner la belle car la bête veille, adoptant des attitudes parfois effrayantes. Louis-Stéphane Ulysse affirme que « L’idée, c’était de faire un personnage qui soit aussi complexe qu’un être humain. Il est le témoin actif de tout un univers : Les studios d’Hollywood, la mafia qui venait aux studios ». En effet, le petit monde gravitant autour du tournage s’avère parfois peu recommandable. Chase, le dresseur d’Harold, va être entraîné, bien malgré lui, dans une sordide affaire criminelle. De voyous il est d’ailleurs beaucoup question dans Harold, le lecteur devra toutefois démêler le vrai du faux, Louis-Stéphane Ulysse s’amusant à mélanger personnages de fiction et personnalités réelles, tel le légendaire truand Mickey Cohen.

Harold, comme tout bon roman noir, n’est pas qu’un simple polar, il trace le tableau d’une société. En l’occurrence, celui de l’Amérique du début des années soixante. L’auteur explique que, « Si on rendait compte de l’époque où se passait l’action, on rendait compte aussi de personnages qui avaient une représentation du monde qui n’est pas du tout la notre aujourd’hui. Ils voyaient tout plus grand. Ce sont des gens qui sortaient d’un trou noir, qui était la seconde guerre mondiale, et qui disaient que demain, après-demain, les générations à venir n’iraient plus sur la lune mais sur Mars ». Ce portrait, très documenté, des USA durant les 60’s, donne l’occasion à Louis-Stéphane Ulysse de faire un parallèle avec les années 2010 : « Aujourd’hui, le processus est totalement inversé. On se dit : Qu’est ce qu’on va laisser aux générations qui sont derrière nous ? Alors qu’à l’époque, c’est le contraire. Les gens ont une vision encore un peu cowboy qui consiste à conquérir de nouveaux espaces, des territoires. Je trouvais que c’était marrant de traiter de cette époque-là pour éclairer la notre sur ce qui lui manque : Le mythe, le rêve, des gens plus grands que la vie », comme le mogul Lew Wasserman, patron d’Universal Studios, employeur d’Hitchcock pour Les oiseaux.

Alfred Hitchcock, dont la relation avec Tippi Hedren est ici décortiquée, est un tel génie que Louis Stéphane Ulysse n’arrive pas à complètement le détester : « C’est un gros petit garçon qui est dans son art, sa création, qui, à un moment, ne comprend pas qu’on lui résiste. C’est un drôle de lascar ». Hitch qui, à l’époque, voit son cinéma évoluer, tel que le souligne l’auteur : « Quand il a arrêté de travailler avec Alma, sa femme, son cinéma a basculé vers autre chose ». Alma Reville était l’épouse et la scénariste d’Hitchcock. Leur collaboration débute en 1927 avec Le ring et se termine avec Le grand alibi en 1950. Selon Louis-Stéphane Ulysse, « On peut faire une projection, à partir de Psychose, sur ce vers quoi va le cinéma d’Hitchcock. Ce qui est fascinant c’est que ce mec, qui a fabriqué du chrome, des icones, de l’image parfaite, ne fait pas exactement ça avec ses derniers films. Quand on pense à Frenzy, tout est laid. Et en même temps, moi je ne suis pas du tout d’accord avec cette idée qui dit qu’il est en plein déclin au moment de Frenzy. /…/ On peut dire qu’il aurait réalisé des films pornos à la fin de sa vie, car dans ses derniers films /…/ il montre de plus en plus. Il a beaucoup suggéré, il ne suggère plus du tout ».

Harold est donc, tout à la fois, un livre captivant sur le tournage d’un des plus grands films de l’histoire du cinéma, un roman noir haletant, et une tragique histoire d’amour qui finit par basculer dans le sordide. Louis-Stéphane Ulysse, adepte de la concision, sait donner à son lectorat l’envie irrépressible de tourner la page. Difficile, en effet, de stopper la lecture d’Harold dès lors qu’on l’a débutée. Cerise sur le gâteau, dès que le lecteur a refermé l’ouvrage, l’expérience continue sur la toile avec un blog passionnant. L’auteur précise : « Il y a plein de documents qui m’ont inspiré. Il fallait les stocker et qu’ils puissent être accessibles. Ce type de roman doit avoir un prolongement sur Internet afin que l’on puisse trouver des archives, des bonus ». Vous savez ce qui vous reste à faire après avoir lu Harold, vous rendre sur le blog du même nom en cliquant sur ce lien. Pour en savoir encore plus sur le corbeau, rendez-vous à la rentrée pour écouter l’entretien que nous a accordé Louis-Stéphane Ulysse. Maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire, allez acheter Harold chez votre libraire et filez le lire sur la plage. Et puis, si votre épicier ne l’a pas en stock, pas de panique, la semaine prochaine nous vous offrirons trois exemplaires de ce délicieux roman noir (merci à notre partenaire les Editions La Bibliothèque), surveillez notre profil Facebook.

Hanzo

« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti. » Jorge Luis Borges