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DES LIVRES ET NOUS !
Rencontre avec Jacques Damade

 

 

Les éditions de la Bibliothèque… Voilà un nom qui tient à lui tout seul les deux extrémités, si l’on veut, de l’existence d’un livre – de l’objet-livre : si le texte s’esquisse, croît puis mûrit dans l’âme del’écrivain, le livre, lui, prend corps chez l’éditeur pour achever son parcours sur les rayonnages dulecteur qui l’aura choisi. Il y a dans ce nom quelque chose d’intimiste, d’un peu secret ; aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que les bureaux de la maison se confondent… avec le domicile de son fondateur, Jacques Damade. À peine entre-t-on dans le salon que se jouent sous les yeux des mélodies confuses de tissus bigarrés, d’objets hétéroclites qui semblent ramasser là, dans cet appartement perché au 5e étage d’un immeuble de l’extrême pointe du XVIIe arrondissement, tous les horizons du globe. Une sorte de condensé de voyages, des morceaux d’ailleurs qui suggèrent combien le monde peut être beau.

Et des livres, partout des livres, soigneusement rangés ou en piles effondrées. Des livres de toutes sortes – et les regarder dans leur diversité est aussi un voyage… gros volumes reliés de cuir que l’on devine chargés d’années, livres d’aujourd’hui moins chenus mais qui, affichant quelque usure, racontent un peu des mains qui les ont tenus et des yeux qui les ont lus, des livres tout neufs, aussi, dont certains manifestement droit sortis de chez l’imprimeur : les dernières parutions de La Bibliothèque. Petites merveilles de sobriété luxueuse : couvertures en typo avec rabats – dont chacune se distingue de l’autre par de menues nuances de teintes, ou de textures ; elles sont, m’apprendra Jacques Damade, choisies de conserve avec l’auteur chaque fois que cela se peut – cahiers cousus, belles pages crème et douces au toucher, typographie aérée… Des livres dont la beauté est autant visuelle que tactile.

Les éditions de la Bibliothèque, on s’en doute, est l’aboutissement d’une belle histoire d’amour des livres. Laissons donc Jacques Damade nous la raconter…

 

Quand sont nées les Éditions de la Bibliothèque ? Qu’est-ce qui a présidé à leur naissance ? Jacques Damade :

C’est une maison qui est née en 1992, de la confluence de deux choses : une bibliothèque de famille, qui avait été constituée entre 1730 et 1840 par trois personnes, et une passion pour Borges, dont une citation figure sur chacun des livres que je publie [Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n’en suis jamais sorti. Jorge Luis Borges – NdR]. Vous remplacez dans cette phrase « père » par « grand-père » et vous obtenez la clef de ma démarche d’éditeur : cette passion pour les livres, qui m’anime depuis mon plus jeune âge, m’a été communiquée par mon grand-père. De temps en temps il puisait dans la bibliothèque familiale un livre qu’il me donnait à lire – et le premier de ceux-là, Voyage à Londres, de Louis Simond, a d’ailleurs été le premier que j’ai publié. C’est un récit de voyage qui date de 1811 ; il a été écrit par un Français qui a vécu aux États-Unis juste après la Révolution, puis qui est reparti à Londres ensuite. Cela donne un récit très singulier, qui baigne successivement dans l’Ancien régime français, la société américaine, et la société anglaise. Ma décision de publier ce livre, puis les autres qui ont suivi, est une conséquence de la dispersion de cette bibliothèque de famille, intervenue, pour des raisons de succession, quelques années avant que je devienne éditeur. À ce moment-là, je ne me sentais guère concerné par cet éparpillement. Mais je pense que j’ai tout de même subi une sorte de traumatisme – bien que le terme soit peut-être un peu fort – en voyant disparaître cette bibliothèque, qui comptait, entre autres, une Encyclopédie, et des traductions de Shakespeare du XVIIIe siècle.

Sans vouloir faire de la psychanalyse de bas étage, je pense qu’en entreprenant de rééditer certains des ouvrages issus de cette bibliothèque perdue, puis ensuite d’autres textes venus d’autres sources, j’ai opéré une manière de compensation ; c’est une façon, pour moi, de dire à mon grand-père que cette bibliothèque est encore là… enfin en disant cela, je suis peut-être en pleine fantaisie (rires) ! Donc à la base, mon projet éditorial consistait à publier des ouvrages rescapés de la bibliothèque familiale qui n’avait pas été réédités. Je vous citerai parmi ces titres Vu sur l’Acropole de Chateaubriand, Épices et produits coloniaux de l’abbé Raynal, De l’origine et du progrès du café d’Antoine Galland… Antoine Galland est l’homme qui a rapporté Les Contes des mille et une nuits en France ; numismate, il s’est mis à retranscrire, avec l’aide d’un compagnon venu d’Alep, les textes de ces contes orientaux pour se divertir ! il paraît même – et ce n’est pas moi qui l’avance… Borges en parle très bien dans Histoire de l’éternité – que parmi les contes les plus connus, il y en aurait un ou deux qui seraient du cru d’Antoine Galland.

Pour les dix premiers titres du catalogue à peu près, je m’en suis donc tenu au corpus que m’offraient les restes de la bibliothèque familiale. J’ai commencé à me détacher de ce corpus en publiant Jean Lorrain. Maintenant, il m’arrive de m’aventurer jusque dans la littérature contemporaine : je viens de publier Voyageuse, un texte signé Solander, une jeune auteur de 31 ans, qui est le récit d’un voyage à la fois intérieur et géographique ; puis ensuite sortira un second livre de Pierre Lartigue, la suite de L’Inde au pied nu. 

Comment s’est opéré le passage d’une démarche de bibliophilie – rééditer des livres anciens et rares – vers de l’édition, plus classique, de textes contemporains ? comment vous êtes-vous ouvert à des auteurs comme Pierre Lartigue ou Sollander ?

En fait, mon projet éditorial de départ reposait sur l’intention de publier une série de récits de voyage en Europe – un texte par pays – avant l’industrialisation et de réaliser, ainsi, une sorte de mosaïque européenne avant la généralisation de la machine à vapeur. Mais cette idée ne s’est jamais vraiment concrétisée ; de plus, le nom que j’avais choisi pour cette collection, « Le Voyageur européen », était déjà pris. Ce nom a tout de même légué au passage son logo à la maison : les lettres LVE en typo – et comme ce nom a disparu au profit de « L’Écrivain voyageur », on retrouve bien les lettres mais dans le désordre… cela devient un logo un peu abstrait ! j’ai donc dû m’orienter vers d’autres choses… vous savez, être éditeur, c’est passer son temps à trahir ses rêves ! c’est avoir une idée, puis une autre, une autre encore… et en même temps rester capable de répondre à l’extérieur. Donc aux propositions que l’on peut me faire. Je ne suis pas qu’un éditeur enfermé dans ses toiles d’araignées ! Ce n’est pas seulement l’ancienneté d’un texte qui va m’attirer, mais ses qualités purement littéraires : je suis extrêmement sensible à la langue, à la perfection du style. J’aime me dire qu’un écrivain inscrit son oeuvre dans une possible durée. Les textes d’aujourd’hui qui m’intéressent sont des textes très écrits, tels ceux de Pierre Lartigue, de Michel Orcel, et qui ont peu ou prou à voir avec le voyage – dans des registres qui sont les miens.

Ce serait donc cette inscription dans la durée qui ferait le lien entre des auteurs comme Vincent Voiture, par exemple, et quelqu’un comme Pierre Lartigue ?

Oui, c’est ça, cette idée qu’on se bagarre avec le temps – tout en étant de plain pied dans le présent : je ne pense pas que Voiture, quand il écrivait une lettre à ses amis de la Chambre Bleue, se posait la question de la postérité et de la vie éternelle ! Pour moi, le mystère de la littérature, c’est que tout d’un coup, une phrase, parce qu’elle est agencée d’une certaine façon, va tenir – tenir la distance et traverser les années. Cela dit, je peux très bien me tromper au sujet des auteurs d’aujourd’hui ! je n’ai pas encore conclu de pacte avec l’au-delà !

Vous apparteniez déjà au monde de l’édition quand vous vous êtes lancé dans cette aventure ?

Non, pas du tout, j’étais enseignant. J’ai aussi été pigiste à Libération, au tout début des années 80 ; je travaillais avec, entre autres, Gérard Lefort, Gérard Mordillat – au service livres.

Votre catalogue présente quatre collections – « L’Écrivain voyageur », « Les Billets de la Bibliothèque », « Les Portraits de la Bibliothèque » et « Les Utopies de la Bibliothèque ». Existaient-elles dés le départ de votre maison ou bien se sont-elles créées au fur et à mesure ?

La maison a commencé avec une seule collection, « L’Écrivain voyageur », qui était censée accueillir le projet que je vous exposais tout à l’heure. Les autres collections, elles, sont nées de manière très empirique, en fonction des ouvrages que je prévoyais d’éditer. Par exemple, « Les Utopies de la Bibliothèque » ont vu le jour quand un de mes amis m’a proposé un très beau texte qu’il avait écrit sur les jardins Albert Kahn [Albert Kahn, les jardins d’une idée, Pascal de Blignières, avec dix dessins de Rima Shaw – NdR] ; l’idée de faire se rencontrer, par le biais d’un livre, deux artistes dont les réalisations ne se sont jamais croisées m’a paru intéressante, c’est donc devenu le concept d’une collection un peu à part, où les livres sont d’un format plus important et enrichis d’illustrations. Cette collection compte aujourd’hui un second titre, Paris 1860, qui réunit dix-neuf gravures de Charles Méryon et des textes de Baudelaire. Les deux hommes avaient bien un projet de livre en commun – ils s’étaient d’ailleurs rencontrés à plusieurs reprises pour cela – mais le livre n’a jamais été réalisé. On a donc décidé de faire ce livre en reprenant les textes des Tableaux parisiens et les gravures que Méryon avait exécutées sur Paris. La publication de ce livre a donné lieu à une exposition – ce qui est à souligner, car Méryon est beaucoup plus célèbre aux États-Unis et en Angleterre qu’en France.

Dans ce genre d’ouvrage, il y a une part très importante d’apport personnel, puisque c’est vous qui orchestrez la reconstruction du livre, le rassemblement des pièces…

C’est la même chose pour les anthologies, et c’est bien là ce que je préfère dans mon activité d’éditeur – c’est-à-dire fabriquer des livres pour lesquels je vais effectuer des recherches pendant quelques mois, seul ou avec l’aide de spécialistes. Constituer une anthologie, ce n’est pas si simple que cela : dans tous les cas, il faut que l’ouvrage final fonctionne comme un tout cohérent ; il faut veiller à ce que les différents morceaux rassemblés n’aient pas l’air de papillons morts conservés dans du formol et épinglés là n’importe comment. Cela ne demande pas forcément de longues recherches mais au moins une idée très précise de ce qu’on va faire.

Quand vous publiez des textes anciens il doit y avoir un gros travail  d’établissement du texte ?

Oui, il y a toujours des hésitations quant à telle ou telle forme, mais comme je ne travaille nullement dans l’intention de proposer une édition savante – je ne suis pas assez universitaire, pas assez scientifique pour cela ; il y a d’ailleurs une pointe de mélancolie quand je dis ça… – ma tâche est relativement simplifiée. Je veux que la langue, même très ancienne, soit accessible à tout le monde. J’évite donc les jargons, les langages hyperspécialisés dont usent parfois les universitaires – cela dit, l’université m’intéresse dans son sérieux par rapport aux textes.

C’est dans cette optique-là que les textes sont présentés dans une orthographe modernisée ?

Oui ; de toute façon, je pense qu’à partir du moment où vous ne touchez pas aux mots, que vous écriviez les désinences verbales « ait » au lieu de « oit », par exemple, n’a pas grande importance – d’autant qu’autrefois, les prononciations et même les graphies étaient extrêmement fluctuantes. Je voudrais citer un livre que j’aime beaucoup, qui reprend certains textes sur les animaux de l’Histoire naturelle de Pline [Des animaux, Pline l’Ancien – NdR]. Nous avons choisi de recourir à une traduction du XVIe siècle, celle d’Antoine Du Pinet : je trouvais qu’il y avait un accord absolument saisissant entre cette langue française et le latin de Pline, c’est-à-dire une commune naïveté enthousiaste ; j’ai donc pris le risque de garder intacte la langue du XVIe avec bien sûr une légère  modernisation de l’orthographe.

Lorsque vous élaborez une anthologie, qu’est-ce qui vous inspire au départ ? Un désir esthétique purement arbitraire ?

Non ; ce qui me guide, c’est plutôt l’envie de faire une enquête sur un sujet qui  l’intéresse. Bien sûr, il y a une part d’arbitraire dans mes choix de textes, assez peu de justification scientifique, et ils sont le reflet de la vision personnelle que je peux avoir de tel ou tel thème. Mais ces choix sont toujours sous-tendus par de véritables intentions, et des recherches préalables sérieuses. Par exemple, pour choisir les lettres de Voiture que j’allais publier, j’ai lu toutes ses lettres, et tout ce que j’ai pu autour de cet auteur ; certes, ces investigations n’ont duré que quelques mois et n’ont rien à voir avec ce qu’accomplissent les spécialistes de Voiture, mais cela montre que ce n’est pas pour autant un travail de dilettante !

Alors justement, puisqu’on parle de ce livre, pourriez-vous m’en expliquer un peu la genèse ? qu’est-ce qui vous a amené à publier dans un même volume ces lettres de Voiture et Le Langage des tétons ?

L’envie de réhabiliter, d’une certaine manière, le mouvement précieux auprès des lecteurs d’aujourd’hui, qui n’en retiennent souvent que ce que Molière en a dit dans ses pièces. L’idée du livre – qu’on pourrait comparer à un diptyque – était donc, en premier lieu, de proposer des textes vigoureux, plaisants, qu’on ait envie de lire, et surtout de ne montrer que ce que le courant précieux a offert de meilleur. Je n’aurais bien évidemment pas l’outrecuidance de prétendre que j’ai extrait là la quintessence de la préciosité – mes choix résultent de mes lectures, qui n’on pas couvert l’ensemble du corpus, mais il m’a semblé que c’était là les textes les plus savoureux. Les lettres de Voiture appartiennent très clairement au mouvement précieux ; quant au Langage des tétons, sa vivacité, sa drôlerie et sa férocité galante, l’inscrivent bien dans cette mouvance, qui a été tant raillée par Molière. Ces textes nous parlent toujours ; or aujourd’hui, quand on parle de littérature précieuse, les gens ont tendance à trouver cela ridicule, à ricaner. Et les Lettres de Voiture, tout comme Le Langage des tétons m’ont semblés à même de  témoigner de ce que le mouvement précieux a apporté d’essentiel : une certaine émancipation de la femme, une légèreté ludique, le sacre de la lettre comme genre littéraire, et un tournant dans l’évolution de la pensée puisqu’il a marqué l’apprentissage  des « bonnes manières » aux nobles, dont il a urbanisé les comportements et rendu possible le passage du guerrier au courtisan… C’est donc loin d’être un mouvement grotesque et ridicule !

Jusqu’à quelle époque remontez-vous pour puiser la matière de vos anthologies ?

Je ne remonte pas au-delà du XVIe siècle – vous me direz que Pline appartient à une époque bien antérieure, mais la traduction que j’ai utilisée, elle, date du XVIe.

Vous publiez combien de titres par an environ ?

Ce n’est pas très régulier, et puis je suis un peu « saisonnier » : en général il y a un ou deux titres à l’époque des vendanges, et un ou deux au printemps. Là je suis en train de travailler à la réédition d’ouvrages épuisés. Mais avec prudence : pas plus de deux ou trois rééditions par an de façon à ce que le catalogue ne soit pas trop déplumé. Depuis que mon stock a brûlé avec l’entrepôt des Belles- Lettres, je suis devenu très prudent ! lors de l’incendie, je suis passé de 15000 à 1300 livres en stock. Dans cet ensemble, il y avait des livres que je n’arrivais pas à vendre… pour le coup, le problème a été réglé de façon radicale !

Comment se relève-t-on d’un coup pareil, quand on ne s’appelle pas Gallimard, Albin Michel… ?

Eh bien tout d’abord grâce au CNL : après avoir réagi de manière tiède dans un premier temps en nous proposant des emprunts, on nous a octroyé de véritables aides. C’est-à-dire que ceux qui ont tout perdu dans cet incendie ont été aidés à hauteur de 75 % à peu près. Avec ça, on peut penser que le phénix a quelque chance de renaître. Ensuite on a bénéficié d’une grande campagne publicitaire, dans Libération, ou Le Monde – et c’est d’ailleurs à cette occasion-là que le nom des Éditions de la Bibliothèque est apparu plus fréquemment dans ces journaux ! Et puis il y a eu des initiatives de la part des petits éditeurs lésés, qui se sont rassemblés, ont créé le Prix du Petit Gaillon – la première édition a été organisée en un mois : un mois pour trouver les membres du jury, lire les livres, se réunir, délibérer et élire le lauréat ! Ça a été une opération rondement menée ! Au départ, le prix ne concernait que les éditeurs incendiés mais aujourd’hui, il s’adresse à tous les éditeurs indépendants, tous ceux qui font de l’édition de création.

Puisque vous publiez des auteurs contemporains, est-ce que vous recevez beaucoup de manuscrits ?

Non, très peu. Il faut dire que je publie très peu d’auteurs contemporains – environ un ou deux dans l’année ! et puis j’ai un rythme de publication somme toute assez lent. Et entre les amis, les relations que je peux avoir, il se trouve toujours quelqu’un qui va me proposer des choses. Jusqu’à présent, ça ne m’est jamais arrivé de publier un manuscrit reçu par la poste.

Quels ont vos projets sur le court terme ?

Il y a un projet en cours mais dont je préfère ne pas parler parce que les choses ne sont pas suffisamment engagées. Pour rester dans le concret, il y a un récit de voyage en Indonésie signé Pierre Lartigue – la suite de L’Inde au pied nu – qui va bientôt sortir, et dans la collection « Les Portraits de la Bibliothèque », il va y avoir un livre sur Cartouche, sous forme d’anthologie. Ce sont là les projets les plus immédiats.

Envisagez-vous d’augmenter le nombre de vos publications ?

C’est une question récurrente… et que je repousse chaque année !

Isabelle Roche, le 9 juin 2005

Propos recueillis le 19 mai 2005.

« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti. » Jorge Luis Borges