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C.C.P. Cahier Critique de Poésie – Janvier 2016

À la page 25 du savoureux guide qu’il vient de commettre pour les éditions La Bibliothèque, Vincent Puente écrit : « Dans son essai The Ennemies of Books, l’imprimeur anglais William Blades place le feu en première position, devant l’eau, le gaz, la chaleur, la poussière, l’incurie, l’ignorance, la bigoterie, les vers et autres vermines, les relieurs, les collectionneurs, les serviteurs et les enfants. » La citation oublie une espèce qui peut, à l’occasion, se montrer des plus malfaisantes : les libraires. Il faut dire que l’ouvrage est entièrement consacré à l’éloge excentrique et circonstancié de cette profession. On y fait, entre érudition légère et subtile fantaisie, la connaissance des plus étranges marchands : Anderson qui se laissa emmurer entre ses volumes, Barton qui cultivait la phobie du feu, les Cerque qui en tenaient pour la lenteur, Durand qui ne voulait connaître les auteurs que par leurs prénoms. On y circule entre les plus curieuses boutiques : l’Ectoplasme, spécialiste en silhouettes de volumes manquants, le fantôme de la librairie Parcifal à Dublin, l’échoppe d’un seul livre par an tenue par H. N. Grelneau, les colonnes d’Hercule (à cause de la façon d’y ranger les livres) à Gibraltar. Tout un alphabet, comme on le pressent, de gens de merveilleux commerce auquel chacun songera à ajouter un professionnel de son cru. Pour moi, ce sera Gilles Noël, dit La Pistole, libraire ambulant et analphabète qui courait l’Anjou et la Normandie avant la Révolution. Est-il digne, Vincent Puente, de figurer dans votre panthéon de rayonnages ?
Michéa Jacobi

« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti. » Jorge Luis Borges