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Interview Vincent Puente
Paris, Vendredi 4 mars 2011

Un faussaire plus vrai que nature !

Vincent Puente, auteur d’une dizaine d’ouvrages dont « Anatomie du Faux » paru aux Editions La bibliothèque, est un passionné du faux ! fausses histoires, faux catalogues, faux livres, fausses bibliothèques…mais, vrai faussaire ou habile prestidigitateur, ce qu’il aime avant tout c’est tisser des liens entre le faux et le vrai ou le vrai et le faux ; Ecrivain, libraire, mais également collectionneur, photographe, dessinateur, et surtout falsificateur, rien ne le réjouit plus que de voir son lecteur, son interlocuteur commencer à douter, et prêt à se laisser convaincre…

 

  

LEXNEWS : « Vous venez de publier aux Editions La Bibliothèque, « Anatomie du Faux », dans cet ouvrage – disons pour l’instant – tissé de faux, qu’est-ce qui vous intéresse : convaincre le lecteur ou plus subtilement cette fabrication même du faux ? »

Vincent Puente : « Les deux sans doute ; mais, avant tout, cette présumée fabrication du faux, est une fabrication du probable, du plausible, de ce qui fait que le lecteur va commencer petit à petit à douter, à croire, et à parfois se convaincre ; ce n’est pas, non plus, tout à fait ce qui est vraisemblable, parce que le vraisemblable, c’est ce qui est vrai ou donné pour vrai. Or, ce que je cherche c’est justement l’inverse, en faisant en sorte que ce « faux » qui bien qu’incroyable, s’installe dans une forme de réalité. J’aime lorsque le lecteur se demande si, en fin de compte, ce qu’il lit est vrai et qu’il commence à y croire… puis à vérifier ce qu’il lit, aujourd’hui le plus souvent sur Internet. Internet est un outil prodigieux, mais aussi très approximatif qui permet souvent de fabriquer, de trouver le faux probable. Ce sont ces failles, oui, ces millimètres non vérifiés ou vérifiables que j’aime exploiter… »

FAUX

LEXNEWS : « En fait, vous vous situez, du moins dans cet ouvrage, toujours à la frontière du crédible, sur le fil du rasoir… On ne peut s’empêcher de vouloir y croire même si on sait pertinemment qu’il s’agit de l’ « Anatomie du Faux » ; On sait que c’est faux, mais on hésite néanmoins à y croire ! Vous semblez vous attacher moins à ce qui est invraisemblable, à la fiction même qu’à ce que l’homme est prêt à croire ? »

Vincent Puente : « Oui, ce qui m’intéresse c’est ce petit rien, cette banalité en quelque sorte à partir de laquelle je vais basculer vers le faux, mais toujours un faux probable. Je n’aime pas la fiction en tant que telle. Je ne lis plus ou quasiment pas de romans pour ces raisons ; de même, je ne vais pas au cinéma. Je n’arrive plus à me laisser prendre dans un tel jeu, de tels mensonges. J’imagine tout de suite les caméras, les acteurs qui répètent, voire qu’ils se donnent la réplique seuls… Ce qui m’intéresse dans l’ « Anatomie du Faux » c’est le lent glissement qui mène la réalité à basculer dans la fiction – ou vice-versa -, glissement, même annoncé, qu’on pourrait être tenté de croire.
Je n’ai rien contre l’idée de faussaire ; d’ailleurs, dans cet ouvrage, je donne expressément – ce qui est peut-être un peu rébarbatif – la définition de la contrefaçon. J’aime fabriquer du probable, du faux vrai, du faux qui devient vrai, ou du moins crédible. Certains des noms propres que j’utilise sont des anagrammes, d’autres sont laissés comme tels, en particulier pour des personnes connues. Ainsi, j’ai adressé « Anatomie du Faux » à certaines personnes dont j’avais utilisé le nom qui n’ont jusqu’à présent fait aucune objection ou aucune réserve ! »

LEXNEWS : « D’où, au-delà du texte, également ces illustrations et photos ? »

Vincent Puente : « Oui, les photos aussi sont des ajustements. On retrouve ici aussi cette idée de contrefaçon. Ce sont des « photos maison » que j’ai glanées ça ou là. Elles attendent dans un carton, prêtes à être utilisées, si un jour l’occasion se présentait. Le montage pour ajouter à la recherche du crédible est un allié de choix pour atteindre une réalité très présentable. Il m’arrive régulièrement d’offrir une bouteille de vin affublée d’une étiquette parfaitement fausse…tout comme j’ai aussi publié un vrai catalogue de faux ouvrages, à moins que ce ne soit le contraire, j’avoue que je m’y perds parfois… C’est le problème : à force de répéter une illusion, on finit parfois par perdre de vue la réalité… »

 LEXNEWS : « Pour vous, la fabrication du faux, ce faux que vous maniez, ne suppose pas nécessairement – contrairement à certains écrits – le mystère, le secret…toute chose qui facilite amalgame ou confusion, non ? »

Vincent Puente : « Oui, c’est exact. Cela dit, dans la première histoire de l’ « Anatomie du Faux », vous trouvez néanmoins l’idée de complot, mais les choses, d’histoire en histoire, s’accélèrent effectivement…la dernière histoire est une histoire de faux gigogne dans laquelle les faux s’entremêlent, s’emboîtent… les faux se suivent, s’enchaînent et finissent par s’annuler, comme en mathématiques : moins multiplié par moins donne plus. Ainsi ceux qui d’avance refusent de se laisser abuser par des histoires de voleurs qui ne volent pas, d’écrivains qui n’écrivent pas, sont pourtant bien forcés d’admettre que pour un photographe aveugle, la plus grande difficulté est de cadrer !…
Mais cependant l’inverse aussi, m’interpelle : le vrai surajouté au vrai amène parfois la réalité à dépasser la fiction et ainsi à devenir difficilement crédible. Prêcher le faux pour découvrir le vrai, en quelque sorte. »

 

LEXNEWS : « Vous affectionnez, semble-t-il, particulièrement dans vos rapports avec le faux, l’écriture, les livres… »

Vincent Puente : « Oui, j’aime beaucoup les livres, les livres anciens ou non d’ailleurs…après cela se pose un problème de rangement, de place. Les livres sont très envahissants. Nous en avons partout, nous en laissons partout ! J’aime l’idée de collection de livres, d’objets, les listes…et cela devient fascinant lorsque leurs caractères, leur nature sont ambivalents, comme dans l’ « Histoire de la Bibliothèque du comte Fortsas » qui raconte la véritable histoire d’un canular ayant comme point de départ un faux comte et sa collection – inventée, cela va sans dire – de livres uniques dont pourtant le catalogue existe bel et bien jusqu’à figurer en bonne place dans les raretés bibliophiliques.
J’ai des souvenirs très vivaces de mes premiers livres d’enfants. J’ai toujours aimé les histoires, mais également les livres. Je me souviens très bien du moment et du livre qui précisément m’a décidé à constituer une bibliothèque personnelle, aussi je me retrouve tout à fait dans la citation de Jorge Luis Borges que mon éditeur, Jacques Damade, directeur des Editions La Bibliothèque, met en exergue de tous ses ouvrages : « Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n’en suis jamais sorti. »…

LEXNEWS : « Vous avez déjà publié une dizaine d’ouvrages, il y a-t-il un fils conducteur qui relie ces ouvrages ou est-ce justement vain d’en rechercher un ? »
Vincent Puente : « Non ce n’est pas vain ! Je creuse le même sillon : je m’attache à explorer des uchronies en partant de propositions données pour erronées dès l’origine. Ainsi, L’ « Histoire de la Bibliothèque du comte Fortsas », dont je viens de parler, publiée au Editions des Cendres, « Hôtels d’exceptions », chez le même éditeur, qui propose aux voyageurs chics de descendre dans des hôtels jamais répertoriés dans les guides, mais dont le service n’a pas d’égal; « Dix ans de Chine » est un vrai catalogue de faux livres … »

LEXNEWS : « Vous travaillez dans une librairie, ceci a-t-il facilité votre rapport à l’écriture ? Au faux ? »

Vincent Puente : « Cela me permet surtout de « tester » quelques idées à l’insu mes clients ; je vérifie dans quelle mesure ils sont ou non prêts à me suivre, à me croire : le photographe aveugle par exemple, a plusieurs fois été l’objet d’expériences pour me permettre de résoudre quelques difficultés d’élaboration. L’ennui aujourd’hui, c’est que beaucoup de mes amis ne sont plus prêts à me croire sur paroles ! Et si je vous raconte, là, maintenant, par exemple que le comte de …. Allez-vous me croire ?! »

Merci Vincent Puente pour cette interview. Merci également pour cette dernière histoire à laquelle je n’ai pu résister à la tentation de croire, cette incroyable histoire du comte de…Mais, chut, nous n’en dirons rien de plus puisqu’il s’agit de votre prochain ouvrage !

interview réalisée par L.B.K.

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« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n'en suis jamais sorti. » Jorge Luis Borges