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Berlin, les Jeux de 36 dans Le Canard

Rappel : Présentation de Berlin, les jeux de 36
en présence de Jérôme Prieur
Mercredi soir à partir de 19 h
à la Librairie Michèle Ignazi, 17 rue de Jouy, 75004 à Paris.

Etre clown en 99 leçons de Fabrice Hadjadj

 

Voici un ovni, un objet rare, une espèce M. Teste de 2017, une parabole burlesque, d’où l’on sort aussi étonné que cabossé, quand les signes obligés de la réussite nous privent de la simplicité des choses.

Fabrice Hadjadj renouvelle dans Être clown en 99 leçons le conte philosophique, il y a du burlesque, du Chaplin dans cette petite odyssée qui est aussi une dénonciation par l’échec de nos illusions et de ce qui nous empêche d’avoir accès au monde.

Moraliste, Fabrice Hadjadj, certainement, mais aussi drôle, surprenant, nous livrant ici un livre qui pourrait être culte.

 

Philosophe catholique, auteur de nombreux livres comme Puisque Tout est en voie de destruction, Fabrice Hadjadj est depuis 2015 conseiller de la revue d’écologie Limite. Lecteur de Marx, d’Ellul et d’Illich, il collabore à une pensée critique du capitalisme industriel, de l’idéologie de la croissance et de la consommation.

Invitation à Librairie Michèle Ignazi pour Berlin, les jeux de 36 le mercredi 8 novembre à 19 H

 

LIBRAIRIE MICHÈLE IGNAZI

LA BIBLIOTHÈQUE ÉDITIONS

 

RENCONTRE AVEC JÉRÔME PRIEUR

À L’OCCASION DE LA PARUTION DU LIVRE


BERLIN, LES JEUX DE 36

Conversation de Jérôme Prieur avec Jacques Damade

                   autour de ce… théâtre des nations

 

  Aux Jeux olympiques de 36, à quoi a-t-on réellement    joué, ou mieux, de qui s’est-on joué ?

 

176 Pages, une illustration

 À LA LIBRAIRIE MICHELE IGNAZI

17, RUE DE JOUY

75004 PARIS

01.42.71.17.00

MERCREDI 8 NOVEMBRE 2017

 À PARTIR DE 19H00

 

Berlin, les jeux de 36 de Jérôme Prieur en librairie ce mois-ci

Jérôme Prieur

Berlin, les Jeux de 36

Editions La Bibliothèque

publication octobre

ISBN : 9782909688862

Prix : 14 €

 

Que s’est-il vraiment passé à Berlin en août 1936 ? La fête du sport ? La grande messe de l’amitié entre les peuples ? Au cœur d’un monde sur le point de sombrer, la XI ème Olympiade figurerait une parenthèse enchantée au pays des nazis…

Jesse Owens, quadruple médaille d’or, a beaucoup fait pour entretenir ce songe, comme si le sublime athlète noir américain avait été notre champion, notre chevalier qui avait vaincu les nazis, sans arme. À l’autre extrême, Leni Riefenstahl a immortalisé le sport, comme si son film Olympia ou les dieux du stade, ce monument toujours vénéré, n’avait pas d’abord été un chef-d’œuvre de propagande

Les Jeux olympiques de 36, à quoi a-t-on réellement joué, ou mieux, de qui s’est-on joué ?

 

Figure très originale d’écrivain et de cinéaste, passionné par les débuts du cinéma, mais aussi d’un éclectisme remarquable, connu du grand public pour ses émissions sur Jésus au côté de Gérard Mordillat, mais aussi capable de se pencher sur les ombres de Proust, Jérôme Prieur a publié récemment :

  • Le Mur de l’Atlantique, monument de la collaboration
  • Rendez-vous dans une autre vie, essai sur le passé et l’archéologie
  • Ingres en miroir
  • Marcel avant Proust, suivi de Marcel Proust, Le Mensuel retrouvé
  • Une femme dangereuse (roman)
  • Jésus selon Mahomet (essai) (avec Gérard Mordillat
  •  Chez Proust, en tournant (journal) 

 

 

 

L’art de la pointe selon Vincent Puente – Hippocampe

Vincent Puente, Le Corps des libraires. Histoires de quelques libraires remarquables & autres choses,
Paris, Éditions La Bibliothèque, 124 p., 12 euros.

 

Le Corps des libraires est le titre d’un livre de Vincent Puente qui est descendu dans des palaces pour les éditions des Cendres (Hôtels d’exception) et a fureté dans le faux aux éditions La Bibliothèque (Anatomie du faux), récidivant dans la recherche de la singularité qui est la marque de son talent.

L’expression, « corps des libraires », apparaît pour la première fois dans un document de justice concernant la comtesse d’Artois, descendante de Saint-Louis. Pour elle, souscrivant à la sentence de Jean de Salisbury, « un roi illettré n’est qu’un âne couronné ». Ce corps avait pour fonction de transporter dans des sortes de librairies ambulantes les meilleurs ouvrages du temps et il ne s’est constitué que peu à peu en tant que tel. Se militarisant au fil du temps, il ne regroupait quasiment que des analphabètes. Sa fonction était donc purement technique et il n’a pas survécu aux revers subis par l’aristocratie en 1789 et à l’épopée napoléonienne. Son destin résume élégamment l’ouvrage de Puente en montrant combien le livre est fragile, mobile, aléatoire, soumis au même titre que les êtres humains aux vicissitudes de l’Histoire.

Composé de très courts chapitres souvent drôles et cocasses, l’ouvrage de Puente relate des incursions dans les librairies les plus extravagantes, les plus inattendues. Les centres commerciaux, ne diffusant que les livres les plus vendus, font oublier le temps où la librairie était locale, individuelle, tributaire des passions et des manies de ses propriétaires.

La National Bookstore de Détroit, agglutinant après rachat tous les appartements attenants ou voisins accumulés au fil des années, comme la librairie Mollat à Bordeaux, composait un labyrinthe auquel une seule porte donnait accès. Toutefois, conséquence de la crise financière de 2008, la librairie avait dû fermer pour être ensuite rachetée par un groupe d’investisseurs immobiliers chinois. Un peu plus tard, les pompiers alertés par des cris sourds avaient retrouvé l’employé responsable du rayon des littératures nordiques coincé dans un réduit de quelques mètres carrés où il n’avait survécu que, parce qu’éloigné de l’unique entrée, il s’était emménagé un petit garde-manger pour ne pas avoir à sortir après avoir commencé son travail.

Tout le livre, concis, rapide, étincelant d’esprit, est de la même veine.

À la bataille de Friedland, le sous-lieutenant Claude-Pierre Rigeot du cinquième régiment de hussards achète pour combler ses heures creuses à un libraire itinérant un succès de l’époque, La famille Luceval, qu’il glisse sous son dolman à l’instant précis où Murat lance la cavalerie contre les lignes russes. Rigeot doit sa survie à son livre dissimulé qui arrête les balles et connaît, après que la nouvelle se fut répandue, un triomphe immédiat. Au fil du temps, le bruit avait commencé à courir que seule la troisième édition du Luceval avait des vertus protectrices, engendrant une véritable dramaturgie autour de ce livre fétiche.

Si certains praticiens du livre étaient analphabètes et ne se servaient du livre que comme gagne-pain, d’autres comme José Marmol, Paul Groussac et Jorge Luis Borges, étaient aveugles et ne pouvaient plus lire, ce qui ne les a pourtant pas empêchés de se succéder à la direction de la Bibliothèque nationale de Buenos Aires.

Ce ne sont que quelques échantillons de ce livre savant et iconoclaste qui pratique à merveille l’art de la pointe, la fameuse agudeza théorisée par Gracián. Y démêler le vrai du faux, raison et délire, reviendrait à donner un coup de pied au château de cartes patiemment construit par le libraire Puente, aussi vaut-il mieux s’en abstenir.

André Gabastou

 

May de Joy Coulentianos
lelitteraire.com, 6 juillet

Joy Coulentianos, May

Egéries

Que ce texte soit tra­duit par Jacques Dar­ras est un signe : le livre, plus que récit, est une œuvre poé­tique incan­ta­toire où se mêlent exis­tences et pay­sages. Deux femmes anglaises se retrouvent sous le soleil d’une île grecque avec ce qu’un tel lieu sus­cite comme rêve­rie. Se crée un étrange dia­logue. May raconte ses pas­sions amou­reuses, vio­lentes, char­nelles mais pas seule­ment. Cet amour est fini car l’amoureux (un écri­vain grec) est mort. 
Mais son ombre la hante comme celui qui au même moment la pro­jette vers le futur. Tou­te­fois, les bles­sures encore pré­gnantes créent un doute quant aux pos­si­bi­li­tés d’une pas­sion neuve dont elle craint moins la flamme que la brû­lure. Or les deux ne peuvent se dissocier.

Toutes les affres sont impré­gnées de longues nuits et de jour au soleil presque aussi cui­sant que l’amour. Si bien que le récit intime se mêle aux grottes grecques qui dominent l’Egée. Chaque lieu devient le contre-champ d’Eros et de mort que l’évocation de Joy Cou­len­tia­nos  pro­voque. Face à l’amie savante et sérieuse, May reste la sen­suelle à l’imagination débor­dante qui lui fait perdre ce qu’on nomme le sens des réa­li­tés. Tout se joue entre évo­ca­tion, récit, dia­logue où l’ivresse des alcools s’invite par­fois entre les deux femmes. Elles tentent de se com­prendre sans que l’auteur donne for­cé­ment de réponses. C’est d’ailleurs ce qui rend son livre si puis­sant et énig­ma­tique.
Il répond à celui qui l’écrivain grec écri­vit avant de mou­rir et qu’il inti­tula  Dis-moi qui aimer... Il fut inventé avant la ren­contre de May mais celle-ci lui donna sans doute la réponse. Elle fut en quelque sorte le der­nier sor­ti­lège et la fata­lité de l’écrivain. Et celui-ci lui ren­dit bien. Elle reste – obsé­dée par cet homme — son obli­gée.

Il ne lui laisse pas de répit au milieu des vents qui har­cèlent l’île comme celles et ceux qui la hantent : les deux Anglaises  lourdes de leurs angoisses et bles­sures mais pas seule­ment. Il y a là des pros­ti­tuées et leurs maque­reaux, des rêveurs, des vivants et des morts. Du vin aussi. Et cette his­toire  devient celle d’une superbe plaie que l’héroïne ne cesse de grat­ter comme si elle ne pou­vait n’être que vic­time d’elle-même.
L’auteur donne corps aux tiraille­ments et à l’incertitude face au temps humain trop humain. L’œuvre revient  sans cesse aux mêmes ver­tiges. Elle repré­sente la ten­ta­tive constante de cher­cher en soi l’ailleurs mais c’est sans comp­ter avec un corps délié, noc­turne, dis­so­cié, démenti dont l’éner­gie non seule­ment devient introu­vable mais à laquelle toute direc­tion s’est effa­cée. May semble ne pou­voir se rete­nir à rien dans un monde qui ne repré­sente qu’une aire dont elle n’éprouve que les glis­se­ments et les dédales et sur les­quels sans cesse des­cend la nuit.

jean-paul gavard-perret

Joy Cou­len­tia­nos,  May, tra­duit du grec par Jacques Dar­ras, Edi­tions de la Biblio­thèque, 2017.

venise

« Me sera-t-il permis de répéter que la bibliothèque de mon père a été le fait capital de ma vie ? La vérité est que je n’en suis jamais sorti. »

Jorge Luis Borges

La Bibliothèque Numérique